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		<title>Rouslan Sidiki &#8211; Anarchiste et partisan, condamné à 29 ans de prison en Russie</title>
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		<pubDate>Mon, 15 Jun 2026 18:45:53 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Anarchisme]]></category>
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					<description><![CDATA[Citoyen russe et italien, électricien de la ville de Riazan, explorateur des sites industriels, cycliste itinérant, anarchiste et partisan dans la résistance à la guerre russe en Ukraine. Tous ces mots peuvent servir à décrire Rouslan Sidiki, âgé de 36 ans.Il a été condamné en Russie le 23&#160;mai 2025, à 29 ans de prison. Selon le verdict, le camarade passera les 9 premières années de sa peine en prison, avant d’être transféré dans une colonie pénitentiaire de haute sécurité. St-Arc (CC&#160;BY-NC-SA) Riazan Dès mon plus jeune âge, j’ai été fasciné par les mécanismes et l’électronique. J’ai donc reçu des livres de sciences et des jeux de construction. J’ai eu une enfance typique de jeune dans une zone industrielle des années 90. J’ai passé beaucoup de temps dans la rue, car il n’y avait rien à faire à la maison. C’était beaucoup plus marrant de fuir le vigile du chantier, lancer des bonbonnes de gaz dans le feu en attendant l’explosion, fouiller dans les sous-sols, construire des cabanes dans le bois. Syracuse Vers l’âge de 12 ans, il rejoint sa mère lors des vacances d’été. Dès lors, il vivra et étudiera en Italie. Il ne retournera à Riazan que pour les étés et y retrouver sa grand-mère. Je me souviens parfois de ma vie en Italie avec nostalgie. J’y ai plutôt bien vécu&#160;: la mer, les montagnes et un volcan sont à proximité. Un endroit idéal pour ceux qui aiment la tranquillité. Mais, comme je l’ai dit plus tôt, la perspective d’une vie plus longue en Europe me semblait trop ennuyeuse. Eh bien, 2023 s’est avérée être l’année la moins ennuyeuse de ma vie, surtout la période du 29&#160;novembre au 2&#160;décembre. *Tchernobyl J’ai vécu et travaillé en Italie, mais alors que j’étais retourné une nouvelle fois en Russie, j’ai décidé de rester lorsqu’on m’a proposé un emploi d’électricien à Riazan. Avant les événements de 2014, je me rendais en Ukraine une fois par an pour faire de la randonnée dans la zone de Tchernobyl.J’aime traverser des terrains difficiles, me cacher des patrouilles, utiliser du matériel militaire. Je me suis également fait des amis en Ukraine, dont certains ne retourneront malheureusement jamais camper. Nouvelle voie Légende&#160;: À gauche, Nikolaï Panteleïev, fondateur et doyen de la «&#160;Nouvelle Voie&#160;», à droite Rouslan Sidiki Un jour, en lisant une publication, je suis tombé sur une commune de la région de Léningrad, dont la description correspondait à ma vision d’une communauté autonome.De plus, à «&#160;Nouvelle Voie&#160;», il y avait un besoin de nouveaux habitants.Mon projet incluait la construction d’une petite centrale hydroélectrique sur la rivière, permettant d’alimenter la colonie en électricité.Je travaillais à Riazan en dédiant quelques mois par an à «&#160;La Nouvelle Voie&#160;», où je m’occupais du jardinage et du bricolage.Tous les ans, j’espérais qu’on pourrait créer une forme de production auto-suffisante qui permettrait à la commune d’exister sans dépendre de l’extérieur.Malgré nos désaccords, je valorise l’expérience que j’y ai vécue et j’espère que la maison que j’ai construite servira un jour à quelqu’un d’autre. Anarchisme Je ne suis pas devenu anarchiste d’un seul coup. À l’époque où je ne connaissais pas encore ce mot-là, j’avais déjà une conception d’un monde juste&#160;: sans États, avec des communes autogouvernées.L’un de mes amis m’a dit qu’il s’agissait là de l’idéal anarchiste.Je n’aime pas la rigidité idéologique de certains anarchistes et communistes qui me rappellent parfois des fanatiques religieux.Je peux dire une seule chose&#160;: mon rejet du totalitarisme et du fascisme reste inébranlable.Des idées issues de divers courants de pensée peuvent m’être proches. Le monde change et ce qui était pertinent et actuel il y a un siècle peut ne plus l’être aujourd’hui. Maïdan La guerre de 2014 commence avec l’invasion de Sloviansk par Igor Guirkine, officier des renseignements de l’armée russe, aussi responsable de l’annexion de la Crimée, même si un nombre non négligeable de mineurs a effectivement pu rejoindre des formations armées qui se sont montées par la suite. Je suivais la situation en Ukraine depuis fin 2013. À cette époque, je pensais prendre part aux manifestations, mais finalement je n’ai pas réussi à économiser assez pour prendre des congés à mes frais. Je ne m’attendais pas à ce que la Russie fasse un pas aussi minable, profitant de la période de transition politique dans le pays pour annexer la Crimée et envahir le Donbass.Je pense qu’aujourd’hui, personne n’est dupe quant à ceux qui ont occupé la Crimée, abattu l’avion de Malaysia Airlines, ou encore ceux qui se sont battus autour de Donetsk et Louhansk en prétendant être «&#160;des mineurs du Donbass en colère&#160;». 24-02-2022 «&#160;J’avais envie de ronger les canons des fusils avec mes dents, de désespoir.&#160;» Un mois avant [la grande invasion], le flux d’informations était rempli de rapports manifestement faux sur des bombardements et d’autres provocations de la part de l’armée ukrainienne.On peut établir un parallèle historique avec les fausses provocations qui ont précédé l’invasion de la Pologne par l’Allemagne nazie ou l’invasion de la Finlande par l’URSS.Ayant pris conscience du fait que la guerre allait durer, j’ai décidé d’agir militairement à la fin de l’année 2022. L’armée russe a délibérément attaqué les infrastructures énergétiques de l’Ukraine dans le but de priver les citoyens d’eau, de chauffage et de lumière afin de faire pression sur leurs dirigeants.L’État russe nous a coupé tous les moyens d’agir sur la situation de manière pacifique&#160;: la personne qui manifeste contre la guerre devient traître à la patrie et subit la répression. Dans cette situation, il n’est pas étonnant que certains préfèrent quitter le pays, pendant que d’autres prennent des explosifs. Aéroport militaire Le bourdonnement des bombardiers&#160;TU-22 et&#160;TU-95 de l’ère soviétique que j’entendais par ma fenêtre annonçait les frappes sur l’Ukraine. J’habitais avec ma grand-mère âgée de 80 ans et je comprenais à quel point il est difficile pour les personnes âgées et malades de vivre sans chauffage ni éclairage l’hiver.[Lors de l’été 2023] Cela m’a convaincu du choix de ma cible&#160;: l’aéroport militaire Diaguilevo, situé à 10 kilomètres de chez moi.J’ai partagé mes plans concernant l’aéroport avec un camarade ukrainien, qui m’a mis en lien avec une personne expérimentée dans le domaine.Il n’y a eu aucun accord concernant une rémunération éventuelle, les relations se nouaient d’égal à égal, de façon amicale, personne ne m’a donné d’ordre.Juste avant de partir, j’avais remarqué un renard qui fouillait aux alentours, mais sans y prêter une attention particulière.Plus tard, j’ai appris par les médias que seulement l’un des quatre drones est arrivé à destination&#160;: le renard a sans doute renversé les trois autres. Stop the wagons Chaque jour, Rouslan voit passer un train devant ses fenêtres, pour une «&#160;destination lointaine&#160;». Son second geste aura une plus grande résonance et peut rappeler aux Italiens, l’histoire racontée dans la chanson de Francesco Guccini, «&#160;La locomotiva&#160;».Cependant, R. Sidiki n’est pas dans les meilleures dispositions&#160;; il est très affecté par le décès brutal de sa grand-mère. La guerre suivait son cours, et j’ai alors décidé que si je n’y arrivais pas depuis le ciel, il fallait agir au sol. L’infrastructure ferroviaire, c’est le système sanguin d’un pays belligérant. J’ai partagé mes réflexions avec mon camarade ukrainien.[Après les préparatifs terminés] Quand le jour s’est levé et que j’ai commencé à distinguer l’image transmise par la caméra, j’ai attendu le bon moment, vérifié qu’il ne s’agissait pas d’un train passager et déclenché l’explosion.Je me suis échappé de l’endroit de l’action, j’ai dissimulé mon vélo, mes chaussures et mes vêtements à environ dix kilomètres. J’ai ensuite emprunté un autre itinéraire pour rentrer chez moi, sans vélo et habillé autrement. Torture L’explosion a eu lieu le 11&#160;novembre 2023 et j’ai été arrêté le 29. Les tchékistes m’ont dit qu’ils n’avaient pas réussi à déterminer comment je suis arrivé sur le lieu du sabotage.Le téléphone de campagne Ta-57 (appelé communément «&#160;Tapik&#160;») leur a servi d’appareil de torture. Ils ont attaché des câbles électriques à mes jambes et quand l’un d’eux ordonnait de lancer l’appel, ils commençaient la torture à l’électricité.Le lendemain matin, des gens masqués m’ont repris et ont commencé à me frapper dans la foulée et à me torturer à l’aide d’un Taser.Le Taser n’a rien de flippant, mais il crame les tissus des fringues en laissant des traces de brûlure sur le corps. Ils ont même brûlé une partie de mon tatouage sur l’épaule. Dans ce cas précis, un événement extraordinaire s’est produit. Après les tortures subies au poste de police, Rouslan a été emmené en prison, où le médecin traitant a documenté les blessures. L’avocat demande – et se voit généralement refuser – un rapport médical.Dans le cas de Rouslan, l’administration pénitentiaire commet une «&#160;­erreur&#160;» et délivre le document. Cela pourrait avoir son importance.Pour une fois, les autorités elles-mêmes reconnaissent les blessures. Il est difficile de dire s’il s’agit d’une question d’incompétence ou d’un geste de défiance de l’intérieur du système.«&#160;Le seul espoir pour Rouslan est de faire connaître son cas. Cela le protégera de nouvelles tortures et, peut-être, un jour, il pourra être inscrit sur la liste des prisonniers de guerre à échanger&#160;», explique son avocat. Procès La déclaration finale de Sidiki devant la cour «&#160;Je regrette que mes actions aient mis en danger [Alexander] Bogatyrev, [Sergey] Tarabukin et [Dmitry] Unshakov. Ils n’étaient pas mes cibles et je suis heureux qu’aucun préjudice grave ne leur soit arrivé.Mon objectif était le matériel militaire russe, ainsi que les chaînes logistiques utilisées pour transporter celui-ci et le carburant. Je voulais compliquer les opérations de combat contre l’Ukraine.Bien sûr, toute explosion ou nouvelle sur des sabotages peut effrayer des gens. Mais c’est le cas aussi pour les survols de missiles et de début d’opérations militaires – ils sont destinés eux aussi à terroriser les populations civiles.J’ai déclaré à plusieurs reprises que je n’avais pas l’intention d’intimider délibérément qui que ce soit. J’ai moi-même choisi mes cibles. J’ai attaqué la zone de stationnement des avions militaires pour détruire des avions de combat. J’ai fait sauter la ligne ferroviaire pour la mettre hors d’usage, après avoir confirmé que des transports militaires l’utilisaient.Je me suis assuré qu’aucun train de voyageurs ne circulait sur la voie que j’ai sabotée et j’ai maintenu un contact visuel pour confirmer cela. Si je ne me souciais pas de la vie humaine, j’aurais pu faire dérailler un train sans être physiquement présent.Je n’ai rien à voir avec la tentative supposée de fabriquer un nouvel engin explosif ou de faire sauter un autre train. Après l’explosion du 11&#160;novembre 2023, j’ai su que la sécurité allait être resserrée. De plus, j’avais de nombreux problèmes personnels.Je n’ai aucune rancune à l’encontre du peuple de Russie. Depuis [20]14, j’ai des désaccords sur ce qui se passe, mais ce n’est pas une raison pour haïr qui que ce soit.Quand les moyens pacifiques d’influencer les décisions du gouvernement ne sont pas disponibles et la dissidence est criminalisée, certaines personnes émigrent, tandis que d’autres agissent. Peu importe la gravité du crime, la torture pendant un interrogatoire est inacceptable dans un État de droit. Électrocuter et frapper une personne arrêtée est quelque chose d’abject. La responsabilité incombe non seulement à ceux qui commettent de tels actes, mais aussi à ceux qui savent et ne font rien.&#160;» Et, pour finir, je lirai une strophe de Nestor Makhno&#160;:Même si, maintenant, ils nous enterrent,Notre vérité ne sera pas balayée.Elle surgira quand le moment viendra,Et elle gagnera – je crois en ce jour&#160;! Sourceshttps://danslabrume.noblogs.org/post/2025/03/11/rouslan-sidiki-raconte/Rouslan Sidiki raconte comment il a fait dérailler un train et attaqué un aéroport militairehttp://www.furfur.me/furfur/freedom/freedom/218979-new_pathEnquête sur Nouvelle Voiehttps://attaque.noblogs.org/post/2025/05/25/riazan-russie-lanarchiste-ruslan-sidiki-condamne-a-29-ans/Déclaration finale de Sidikihttps://sotavision.world/etot-srok-suchestvyet-poka-zhiv-ya-ili-zhivo-gosudarstvo/Interview Sota Visionhttps://desk-russie.eu/2025/05/29/lourde-peine-pour-un-resistant-russe.htmlDesk Paru sur Rebellyon.info &#8211; Site collaboratif d&#8217;infos alternatives]]></description>
		
		
		
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		<title>Un anarchiste argentin au bagne, Simón Radowitzky</title>
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		<pubDate>Mon, 15 Jun 2026 13:43:03 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Anarchisme]]></category>
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					<description><![CDATA[Suite à la répression de la révolution de 1905, le jeune anarchiste juif Simón Radowitzky quitte la Russie pour l’Argentine. Traumatisé par les pogroms et la répression brutale cita a fuis, il organise un attentat ayant pour cible le chef de la police de Buenos Aires. Szymon Radowicki (plus connu sous le nom de Simón Radowitzky) est né le 10 novembre 1889 [1], à Stapanesso, en Ukraine près de Kiev, au sein d’une famille d’ouvriers juifs. Dès l’âge de 10 ans, il travaille comme apprenti dans un atelier de mécanique à Ekaterinoslav et devient un militant ouvrier. À 14 ans, il participe pour la première fois à une grève pour revendiquer la réduction de la journée de travail à 10 heures. Il est condamné à 4 mois de prison pour distribution de tracts. Le 22 janvier 1905, à l’initiative du pope Gheorghi Gapone, plusieurs dizaines de milliers d’ouvriers manifestent pacifiquement devant le palais d’hiver de Saint-Pétersbourg. Ils désirent présenter au tsar Nicolas II une pétition en faveur de réformes sociales et politiques. Mais l’armée tire sur la foule et tue près d’un millier de manifestants. La grève générale s’étend bientôt à toute la Russie, la Pologne et le Caucase. Simón est nommé secrétaire adjoint du soviet de l’usine Brandsi Zavod où il travaille. Poursuivi et sous la menace d’une déportation en Sibérie, il doit s’exiler. Il arrive d’abord en Gallicie puis en Haute Silésie où il travaille dans les mines et participe à une grève, ce qui lui vaut d’être arrêté et expulsé vers la Russie. Par suite d’une erreur administrative, il est renvoyé dans sa ville natale, Stapanesso, où il n’est pas fiché. Sans travail ni amis, sous le coup d’une arrestation, il part pour l’Argentine où il arrive en mars 1908. UN RÉVOLUTIONNAIRE RUSSE EN ARGENTINE Après un court séjour à Rosario, il travaille comme mécanicien aux ateliers Zamboni à Buenos Aires et il adhère à l’organisation syndicale des métallos. Il apprend l’espagnol et lit régulièrement le quotidien anarchiste&#160;La Protesta. Il fréquente un groupe d’exilés russes dont il partage le logement, calle Andes 392 (aujourd’hui José Evaristo Uriburu). Le 1er mai 1909, il participe à la manifestation à la plaza Lorea (aujourd’hui plaza del Congreso), lieu traditionnel de rassemblement des anarchistes, au cours de laquelle plusieurs ouvriers sont tués dans des affrontements avec la police. En protestation, l’organisation anarchiste FORA, le syndicat socialiste UGT et les sociétés ouvrières indépendantes appellent à une grève générale qui est réprimée violemment par la police et l’armée (« la Semana roja »). La presse réactionnaire développe une campagne antisémite contre les comploteurs judéo-russes. Simón Radowitzky décide alors de venger personnellement la mort de ces ouvriers et prépare minutieusement un attentat contre le colonel Ramón Falcón, chef de la police de Buenos Aires, ennemi de la classe ouvrière qui ne cesse de jurer d’en finir avec les anarchistes. Le jeune Simón fabrique une bombe sur son lieu de travail et réussit à se procurer un pistolet. L’ATTENTAT, LE PROCÈS ET LA RÉPRESSION Le 14 novembre au matin, Radowitzky se rend près du domicile de Falcón ; il expliquera plus tard au cours de son procès qu’il y avait trop de monde ce matin-là dans la rue et que sa bombe aurait pu tuer des innocents ; il entend alors deux policiers en faction dire que Falcón doit assister à l’enterrement du directeur de la prison de Buenos Aires (Cárcel Nacional de Buenos Aires) au cimetière nord (Cementerio Norte). Il s’y rend alors précipitamment et se poste à la sortie. Après la cérémonie, le chef de la police repart en calèche accompagné de son secrétaire, l’adjudant Juan Alberto Lartigau, par l’avenida Quintana et tourne sur l’avenida Callao. À midi et 2 minutes, Simón court le long du véhicule et lance sa bombe, tuant les deux hommes (le premier décédera à 14 h 15 et le second à 20 h 45). Il tente de s’enfuir par l’avenida Alvear, pistolet à la main, mais il est arrêté. Il dirige l’arme contre lui mais la balle traverse seulement l’un de ses poumons et après avoir été soigné à l’hôpital, il passe en jugement. Radowitzky déclare fermement qu’il a agi en solitaire, sans aucune organisation derrière lui : Comprenez — Pourquoi à la manifestation du 1er mai, le colonel Falcón, à la tête de ses cosaques argentins a dirigé le massacre contre les travailleurs. Je suis un frère du peuple travailleur, de ceux qui participent à la lutte contre la bourgeoisie et quand tous souffrent, moi aussi je partage la douleur de ceux qui vont mourir ce soir. J’ai agi seul pour créer un événement pour un avenir plus libre et meilleur pour l’humanité.  [2] Le procureur Manuel S. Beltrán demande la peine de mort mais le président du tribunal, Sotero Vázquez, prononce une peine de réclusion à perpétuité (dont 20 ans d’isolement jusqu’à la date anniversaire de la mort de Falcón !) étant donné le jeune âge de l’accusé encore mineur. Les recours sont rejetés. La répression contre les anarchistes est acharnée. Le journal de droite La Nación écrit le 15 novembre : Aucune théorie ne peut excuser, pour quelqu’un de normalement constitué, le meurtre. Et si la tyrannie du chef barbare et sanguinaire fait partie de la malédiction éternelle de notre histoire, pas moins éternelle sera la condamnation à prononcer contre cette autre tyrannie du sectarisme traître et aveugle. L’état de siège est instauré, il va durer jusqu’au 13 janvier. Des bandes encadrées par la police saccagent les locaux ouvriers, le local et les presses de La Protesta sont détruits, les membres de la rédaction arrêtés. Des milliers de militants sont détenus. La FORA réussit à faire paraître un journal clandestin, Nuestra Defensa, et les rédacteurs de La Protesta, plusieurs publications diffusées à des milliers d’exemplaires. AU BAGNE Radowitzky devient un héros et les anarchistes déploient toute leur énergie pour obtenir sa libération du pénitencier d’Ushuaia où il est déporté en 1911 après trois ans à la Penitenciara [3]. On craint une tentative d’évasion après celle de 13 hommes dont deux militants anarchistes, Francisco Solano Regis et Salvador Planas Virella. Avec 62 prisonniers, il est transporté dans la soute à charbon d’un navire. À la fin du voyage, les hommes sont noirs de poussière de charbon et leurs articulations usées par les chaînes. Le 8e congrès de la FORA en avril 1910 déclare : Nous reconnaissons l’héroïsme et l’abnégation de Simón Radowitzky et nous ferons tout notre possible pour soulager sa situation et lui apporter soutien moral et matériel. À plusieurs reprises, les militants de la FORA réaffirment sans ambiguïté leur soutien total : (Nous) réclamons la liberté immédiate de Radowitzky [&#8230;] qui est le vengeur des victimes du massacre de 1909 et qui représente le symbole d’un dessein des plus nobles (Manifeste de la FORA V du 10 janvier 1919). Le congrès de la FORA qui se tient à Buenos Aires du 11 au 16 août 1928 adopte une motion en 5 points pour relancer la campagne : &#160;1. Que les fonds qui ont été apportés au Comité en faveur des prisonniers et des déportés pour la liberté du martyr captif soient employés exclusivement à cette fin en dehors de toutes les dépenses nécessaires pour les démarches légales.&#160; 2. Qu’on publie brochures et autres propagandes écrites en les mettant gratuitement à disposition.&#160; 3. Qu’on saisisse le secrétariat de l’AIT&#160;[4]&#160;pour l’organisation d’un meeting international et si possible la grève, avant neuf mois à compter d’aujourd’hui, et au moment où le Conseil Fédéral considérera opportun de déclarer la grève générale dans le pays pendant le temps qui sera nécessaire, et toutes les grèves nécessaires.&#160; 4. Que le Conseil Fédéral envoie des délégués en tournée dans les provinces les plus désorganisées pour que la grève ait du succès.&#160; 5. Que dans un délai raisonnable et avant la date fixée pour la déclaration de la grève, un référendum soit organisé par les organisations adhérentes.&#160; Au pénitencier, Radowitzky a un comportement exemplaire, affrontant courageusement les humiliations et les tourments qui lui sont infligés. Il devient le porte-parole des détenus, organisant des grèves de la faim et des protestations pour l’amélioration des conditions de détention. Son attitude déchaîne la colère de ses gardiens qui lui infligent mille maux, le réveillant chaque nuit en lui brandissant une lanterne dans les yeux et en le torturant. Il est enfermé dans une cellule en sous-sol, ne pouvant ni se lever sans se cogner la tête, ni s’allonger pour dormir, obligé d’être recroquevillé. Un de ses compagnons, Apolonio Barrera, organise son évasion le 17 novembre 1918. Déguisé en gardien, Simón n’est pas reconnu. Les deux hommes réussissent à se procurer une embarcation et naviguent par le canal de Beagle pour rejoindre le Chili. Dans le détroit de Magellan, ils aperçoivent un navire de guerre, le Yañez. Espérant rejoindre la péninsule de Brunswick en territoire chilien, ils plongent dans l’eau glacée et gagnent la côte. Après plusieurs heures de marche, exténués et gelés, ils sont arrêtés par la police de la marine chilienne à 12 km de Punta Arenas et livrés aux autorités argentines. Radowitzky est à nouveau mis à l’isolement et à la demi-ration jusqu’en janvier 1921. Une autre tentative organisée par un camarade anarchiste Miguel Arcangel Roscigno dit Roscigna qui réussit à se faire embaucher comme gardien en 1924, échoue également. Malgré la campagne de propagande constante, les meetings, les articles renouvelés dans la presse anarchiste, Simón Radowitzky reste au bagne d’Ushuaia. LA LIBÉRATION Cependant, la presse libérale s’intéresse à son cas en dénonçant aussi les traitements dégradants infligés au prisonnier. En 1928, le journaliste Ramón Doll écrit : Le crime de Radowitzky n’est ni plus ni moins horrible que les crimes qui se produisent chaque jour dans les luttes électorales argentines  [5].  En janvier 1930, le journaliste Eduardo Barbero Sarzabal du journal La Crítica se rend à la prison pour un entretien avec Radowitzky et publie un reportage qui produit un grand retentissement : Radowitzky apparaît dans son habit rayé bleu et jaune avec un grand chiffre sur sa chemise et son pantalon, le 155&#8230; En avril 1930, l’épouse du directeur du journal La Crítica, Salvadora Medina de Botano, obtient l’indulgence du président radical Hipólito Yrigoyen qui décide sa libération le 14 avril, peu de temps avant le coup d’État du général Uriburu, le 6 septembre suivant. Pour ne pas provoquer trop de réactions hostiles de la police et de l’armée, le décret est noyé au milieu de 110 autres, ce qui n’empêche pas les journaux de titrer : Fue Indultado Simón Radowitzky. Radowitzky doit quitter l’Argentine et partir pour Montevideo le 14 mai. À son arrivée, il ne possède aucun autre document que son titre d’expulsion et il est retenu quelques heures par des fonctionnaires embarrassés. Dehors, quelques amis manifestent en criant : Viva el anarquismo ! Viva Simón ! UN MILITANT RÉVOLUTIONNAIRE Il n’abandonne pas la lutte contre l’injustice et pour ses idéaux libertaires. Il retrouve du travail comme métallo et participe à la lutte contre le dictateur Gabriel Terra, auteur d’un coup d’État le 31 mars 1933. Il est à nouveau arrêté au titre de la ley de extranjeros indeseables. On l’invite à quitter rapidement le pays et il est assigné à résidence à son domicile. Ses amis lui déconseillent de désobéir pour ne pas créer de précédents fâcheux pour la cause révolutionnaire. Il est immédiatement déporté à l’Isla de Flores, un îlot au milieu du Rio de la Plata, mais son avocat trouve un vice de procédure pour le faire libérer : l’assignation à résidence à domicile ne pouvait être valable puisqu’il logeait dans une pension de famille ! En mars 1936, il part pour Sao Paulo au Brésil. Quelques mois plus tard, on le retrouve en Espagne, sur le front d’Aragon comme milicien dans la 28e&#160;division anarchiste commandée par Gregorio Jover. Mais sa santé précaire après tant d’années de souffrances l’oblige à rester sur Barcelone où il milite à la Commission culturelle de la CNT, la centrale anarchiste. Après la victoire des franquistes, il est interné au camp de Saint-Cyprien. Il est libéré et s’exile au Mexique en changeant d’identité, prenant le nom de Ratil Gémez et se déclarant espagnol. Il travaille comme employé au consulat d’Uruguay et participe aux activités de la section locale de l’International Rescue and Relief Committee en aide aux réfugiés...]]></description>
		
		
		
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		<title>Marguerite ASPÈSAnarchosyndicaliste,espérantiste,anti-colonialiste, féministesans concession des années 1930</title>
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		<pubDate>Mon, 15 Jun 2026 12:02:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Anarchisme]]></category>
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