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Colonisation, dépossession, apartheid : Amnesty International décrit un système israélien de nettoyage ethnique en Cisjordanie

Le rapport 2026 d’Amnesty International sur la Cisjordanie n’est pas un simple document de plus dans la longue liste des dénonciations internationales. C’est un acte d’accusation massif, précis, argumenté, qui décrit un système cohérent de domination, pensé pour expulser progressivement les Palestiniens de leurs terres. L’article de Blast consacré à ce rapport en révèle la portée : il ne s’agit plus de parler de « tensions », de « violences », ou de « conflit », mais d’un projet politique structuré, assumé, et documenté.

Un système de contrôle total : architecture d’un apartheid moderne

Amnesty ne tourne pas autour du pot. Dès les premières pages, l’ONG affirme :

« Israël maintient un régime d’oppression institutionnalisée et de domination systématique sur la population Palestinienne. Ce régime constitue un apartheid au sens du droit international. » (Amnesty International, rapport 2026)

Ce système repose sur quatre mécanismes principaux :

  • Colonisation massive et continue, avec plus de 700 000 colons installés en Cisjordanie et à Jérusalem-Est.
  • Violences organisées de colons, souvent armés, bénéficiant d’une impunité quasi totale.
  • Démolitions et expulsions, justifiées par des prétextes administratifs.
  • Fragmentation territoriale, qui empêche toute continuité Palestinienne.

Amnesty insiste sur le fait que ces mécanismes ne sont pas indépendants : ils forment un ensemble cohérent, destiné à « réduire la présence palestinienne dans des zones stratégiques ».

La Cisjordanie, occupée par Israël depuis 1967, est divisée en trois zones depuis les accords d’Oslo (1994-1995).
Crédits : Franceinfo

Des villages sous siège permanent : la violence comme outil politique

Les enquêteurs d’Amnesty ont documenté des dizaines d’attaques de colons armés, souvent escortés par l’armée. Dans plusieurs cas, les colons ont utilisé des fusils d’assaut, des drones, des cocktails Molotov. Les soldats, eux, empêchaient les Palestiniens de se défendre.

Un habitant de Wadi al-Siq témoigne :

« Ils sont arrivés en tirant en l’air. Les soldats les suivaient. Ils nous ont dit que si nous ne partions pas, ils brûleraient nos maisons. » (Témoignage recueilli par Amnesty)

Amnesty note que :

« Les forces Israéliennes n’interviennent pas pour protéger les Palestiniens. Dans certains cas, elles participent directement aux attaques. »

Blast rapporte que plusieurs villages ont été entièrement vidés après des semaines de harcèlement continu.

La violence bureaucratique : démolitions, confiscations, permis impossibles

La dépossession ne passe pas seulement par les armes. Elle passe aussi par les bureaux.

Amnesty écrit :

« Le refus quasi systématique de permis de construire pour les Palestiniens, combiné aux démolitions, constitue une politique délibérée visant à empêcher leur développement. »

Quelques chiffres cités par l’ONG :

  • Moins de 2 % des demandes Palestiniennes de permis sont acceptées.
  • Plus de 1 100 bâtiments palestiniens détruits en 2025.
  • Des milliers d’hectares confisqués au profit des colonies.

Blast souligne que ces terres sont ensuite attribuées à des avant-postes illégaux, qui sont ensuite légalisés rétroactivement par le gouvernement Israélien.

Des enfants empêchés d’aller à l’école, des villages coupés du monde

Les restrictions de mouvement imposées par Israël ont des conséquences humaines dramatiques.

Amnesty note :

« Dans certaines zones, les enfants doivent franchir jusqu’à cinq checkpoints pour se rendre à l’école. Dans d’autres, l’accès est totalement impossible. »

Blast rapporte que dans les collines du Sud d’Hébron, des enseignants doivent contourner des colonies armées pour atteindre leurs élèves. Certains renoncent. D’autres sont agressés.

Dans plusieurs villages, les routes ont été fermées par des monticules de terre, des blocs de béton ou des portails métalliques. Résultat : des communautés entières sont isolées, sans accès aux soins, au travail, ou à l’éducation.

Deux systèmes juridiques pour un même territoire : la définition même de l’apartheid

Amnesty insiste sur un point central :

« Israël impose deux systèmes juridiques distincts dans le même territoire : un pour les colons Israéliens, un autre pour les Palestiniens. »

Les colons relèvent du droit civil israélien. Les Palestiniens relèvent de la loi militaire, qui permet :

  • Détention administrative sans procès,
  • Confiscation de biens,
  • Arrestations arbitraires,
  • Restrictions de mouvement.

L’ONG conclut :

« Cette ségrégation juridique est au cœur du crime d’apartheid. »

Un nettoyage ethnique progressif : un processus lent, méthodique, assumé

Amnesty ne choisit pas ce terme au hasard : il correspond rigoureusement aux pratiques qu’elle expose, preuves à l’appui.

« Les politiques Israéliennes visent à réduire la présence Palestinienne dans certaines zones. Cela correspond à une dynamique de nettoyage ethnique. »

Blast insiste : il ne s’agit pas d’une expulsion massive en une fois, mais d’un processus lent, cumulatif, qui combine :

  • Harcèlement de colons,
  • Démolitions,
  • Confiscations,
  • Restrictions de mouvement,
  • Pressions économiques,
  • Absence de protection.

Chaque mesure, prise isolément, pourrait sembler administrative. Ensemble, elles forment un système d’expulsion progressive.

Responsabilité internationale : silence, inertie, complicité

Amnesty pointe directement la France et l’Union Européenne :

« Les États qui continuent de coopérer avec Israël sans condition contribuent à la perpétuation du système d’apartheid. »

Blast rappelle que malgré les condamnations verbales, aucune sanction, aucune suspension d’accords, aucune pression diplomatique réelle n’a été exercée.

L’ONG appelle à :

  • Un embargo sur les armes,
  • Des sanctions ciblées,
  • La reconnaissance officielle de l’apartheid,
  • Une protection internationale des communautés Palestiniennes.

1967–2026, 59 ans de colonisation

1967 : la matrice

Après la guerre des Six Jours, Israël occupe la Cisjordanie, Gaza, Jérusalem-Est, le Golan et le Sinaï. Dès 1967, les premières colonies sont installées, souvent sous couvert de « sécurité ».

Années 1970 : l’idéologie s’installe

Le mouvement Gush Emunim lance la colonisation idéologique : la Cisjordanie est présentée comme « Judée-Samarie », terre biblique à reconquérir.

Années 1980 : expansion massive

Sous Begin puis Shamir, les colonies deviennent un outil politique central. Les routes réservées aux colons apparaissent.

1993–2000 : Oslo et la fragmentation

Les accords d’Oslo divisent la Cisjordanie en Zones A, B et C. La Zone C (60 % du territoire) reste sous contrôle total d’Israël. C’est là que se concentrera la colonisation.

Années 2000 : mur, checkpoints, enclaves

Construction du mur de séparation. Multiplication des checkpoints. Les villes Palestiniennes deviennent des enclaves isolées.

Années 2010 : légalisation des avant-postes

Des colonies illégales sont légalisées rétroactivement. Les colons deviennent un acteur politique majeur.

Années 2020 : accélération

Sous les gouvernements Netanyahu successifs, la colonisation explose. Les violences de colons augmentent de plus de 150 %. La Cisjordanie est morcelée en dizaines de fragments.

2026 : Amnesty parle de nettoyage ethnique

L’ONG décrit un système cohérent visant à réduire la présence Palestinienne dans des zones stratégiques.

Conclusion : un système pensé, assumé, documenté

Ce que montre Amnesty, et que Blast met en lumière, c’est que la violence en Cisjordanie n’est pas un accident. C’est un outil politique. Un outil au service d’un projet : transformer la Cisjordanie en un espace Israélien homogène, où les Palestiniens n’auraient plus de place.

Un système où :

  • La loi sert à légitimer la dépossession,
  • La violence sert à remodeler la démographie,
  • L’impunité sert à encourager les exactions,
  • La colonisation sert à effacer un peuple.

Un système que l’ONG qualifie, sans détour, de crime d’apartheid et de nettoyage ethnique progressif.

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