CARTOGRAPHIE DES EXTRÊMES DROITES DU GRESIVAUDAN
« Située entre Grenoble et Chambéry, la vallée du Grésivaudan est encadrée par les massifs de Chartreuse et de Belledonne. La communauté de communes regroupe 43 communes. Creuset d’industries pionnières, le Grésivaudan reste une terre d’innovation accueillant aujourd’hui des activités industrielles de pointe qui en font l’un des pôles d’excellence économique de l’Isère. La qualité de vie offerte par son environnement naturel et la diversité de ses activités lui confèrent une forte attractivité. Bienvenue dans le Grésivaudan ! »
Office du tourisme Belledonne Chartreuse
Mais, derrière cette vision idyllique, le Grésivaudan est, comme le reste du département de l’Isère, gangrené par la présence de plus en plus inquiétante des réseaux de l’extrême-droite.
Il y a d’un côté les résultats électoraux du Rassemblement National ou de Reconquête. Une masse d’électeurs glisse vers des partis fascisants sans avoir le moindre scrupule. Les réseaux des catholiques intégristes, en toute discrétion, s’implantent grâce à leurs diverses associations. Leur objectif est d’imposer leurs visions rétrogrades et de contrôler la jeunesse.
Des groupes activistes et agressifs s’inscrivent dans un courant suprémaciste qui fait de la violence le fondement de leur projet. Alimentant cette extrême-droite, plusieurs structures développent des discours complotistes et conspirationnistes. La crise du Covid a été un accélérateur : nombre de théories fumeuses et dangereuses ont proliféré et elles imprègnent largement la fachosphère.
LE RN, PREMIER PARTI DE LA DROITE ET DE L’EXTRÊME-DROITE
Désormais une large partie de l’électorat glisse d’élection en élection vers le Rassemblement National. Au premier tour des élections législatives dans la 5ᵉ circonscription de l’Isère, le vote pour le FN/RN s’amplifie : 12 % en 2017, 18 % en 2022 et 30 % en 2024. Ainsi, lors de ce dernier scrutin, le parti des Républicains plafonne à moins de 10 %.
Dès le premier tour, les résultats du RN dans certaines communes sont atterrants :
35 % des voix : Chapareillan, Domène
36 % des voix : La Buissière, Pontcharra
37 % des voix : La Flachère, Champs-près-Froges
38 % des voix : Le Cheylas, La Pierre, Froges
39 % des voix : Crêts en Belledonne
40 % des voix : Sainte-Marie-d’Alloix
43 % des voix : Tencin
Et comme le disait l’Office du tourisme Belledonne Chartreuse, « Bienvenue
dans le Grésivaudan ! »
À cette élection, la candidate du parti fasciste était la déléguée départementale adjointe Frédérique SCHREIBER.
N’habitant pas la vallée du Grésivaudan – elle a vécu à Chambéry, à Sassenage puis à Montbonnot–Saint–Martin – elle se présente comme chef d’entreprise, même si, hélas, ses entreprises (Formation Transport Sécurité, Zénith prévention) ont toutes été définitivement radiées suite à leur mauvaise gestion. Comme patronne, elle a même siégé au conseil d’administration de la CAF Isère en 2019 au titre de la CPME (la Confédération de Petites et Moyennes Entreprises).
Pendant la campagne électorale de 2024, F. SCHREIBER a pour l’essentiel annoncé le programme du RN et a même proposé une solution budgétaire étonnante : « Nous avons effectivement débattu sur le sujet vu la situation financière de la France, qui est quand même en situation de faillite ; il est important d’optimiser les finances de la France » en vendant France Culture à Vincent BOLLORÉ !
Virée depuis de son poste de déléguée départementale adjointe du RN38, elle continue de s’exprimer sur le réseau social X (@LaMarianne38). Elle n’est plus chef d’entreprise, mais désormais cadre supérieure, et affiche un drapeau bleu blanc rouge orné de la Croix de Lorraine. Comme nombre de militants du RN, elle feint d’ignorer que son parti a été fondé par des Waffen SS, des Miliciens et des membres de l’OAS, tous anti-gaullistes par nature !
Son suppléant lors des législatives était Samuel SAKPA, un étudiant en droit, connu surtout comme militant de l’UNI (Union Nationale Interuniversitaire) et du RNJ (Rassemblement National de la Jeunesse). En 2023, il a reçu le prix du jeune espoir de l’IFP (Institut de Formation Politique), une structure qui gravite dans l’orbite de la Manif Pour Tous et qui défend maintenant « l’union des droites ». L’IFP est désormais financé par Édouard STÉRIN dans le cadre de son projet PERICLES (Patriotes / Enracinés / Résistants / Identitaires / Chrétiens / Libéraux / Européens / Souverainistes). SAKPA poursuit sa carrière comme candidat du RN aux municipales de Grenoble en 2026.
Aux municipales de 2026, la seule liste identifiée comme faisant partie de l’extrême droite était celle présentée à Domène par Quentin FÉRES. Ce personnage a déjà une longue carrière politique mais a connu de nombreux aléas : responsable adjoint des Jeunes Républicains de l’Isère, il est élu sur une liste de droite aux municipales de 2020 à Domène.
Il a rejoint Reconquête en 2022 et organise un meeting dans sa ville pour soutenir ZEMMOUR. Il retrouve dans la campagne toutes ses obsessions : un racisme permanent appuyé sur la théorie du complot et du « grand remplacement », la dénonciation des étrangers « forcément criminels », la défense d’un national-populisme anti-islam, le rejet des principes républicains et une vision erronée du présent où tout va au plus mal « à cause de l’immigration, du pouvoir excessif des femmes, des gays, de Bruxelles, de la finance internationale et des trahisons d’une élite politique corrompue, vaniteuse et stupide ». Il se présente comme candidat de
Reconquête en 2022 dans la 5ᵉ circonscription et se prend un bouillon électoral (4,9 % des voix).
L’échec est cinglant et il rejoint le RN pour faire carrière. Attaché parlementaire du député RN Thierry PEREZ, élu dans le Nord du département, il se présente comme tête de liste aux municipales à Domène.
La liste piétine : 19 % au premier tour et 16 % au deuxième tour. Deux conseillers ont donc été élus : Quentin FERES et Marc BENSASSON, le responsable local RN.
Les autres partis d’extrême droite n’arrivent pas à percer dans le Grésivaudan ; en 2024, Debout la France, le parti de Nicolas DUPONT-AIGNAN (1,3 % des voix) ou Reconquête d’Eric ZEMMOUR (0,8% des voix) rassemblent 1 400 électeurs au premier tour qui se sont sans doute reportés sur le candidat du RN au second tour.
Comme dans d’autres départements, le RN s’est constitué un électorat qui fédère droite et extrême-droite. Le transfert des électeurs se fait à bas bruit, de la droite républicaine vers l’extrême-droite. Les responsables nationaux des Républicains faisant la course avec les leaders d’extrême droite (racisme débridé, islamophobie, mesures anti-sociales et soumission aux milliardaires) légitiment cette adhésion !
LE CERCLE BAYARD, L’EXTRÊME-DROITE « SANS PEUR ET SANS REPROCHE »
Le Cercle Bayard est le correspondant local du Cercle Aristote fondé par Pierre-Yves ROUGEYRON. Cet individu a fréquenté Alain SORAL, le fondateur d’Égalité et Réconciliation, puis ROUGEYRON est devenu par la suite président de l’association « Les amis d’Eric ZEMMOUR », association de financement politique de la campagne de 2022.
Le Cercle Bayard est animé par Ludovic BLANCO. Cet ancien président des Jeunes Debout la France (2015) a été candidat pour ce parti aux élections régionales (2015), législatives (2017 – résultat : 1,53 %), et aux municipales à Grenoble (2020 – sur la liste d’Alain CARIGNON en 39ᵉ position). Il gravite autour du parti Les Patriotes, puis adhère à Reconquête et rallie finalement le RN.
Le Cercle Bayard a tenu en 2024 un « colloque » pour célébrer la mort du chevalier Bayard à Pontcharra : une conférence historique et surtout une table ronde « Face à l’archipel Français, refaire nation ? » Parmi les invités, on retrouvait toutes les figures locales de l’extrême droite : Valentin GABRIAC (RN), Marine CHIABERTO (Reconquête), Henri AUGIER (Action française), Yann VINCENT (Les Patriotes), Bruno LAFEUILLE (Debout la France), Vincent CELLIER (UNI)…
Le Cercle Bayard, mais aussi le Centre Lesdiguières de l’Action Française ont été un creuset pour rassembler et former des militants provenant de toutes les organisations d’extrême droite : nationalistes, monarchistes, souverainistes, islamophobes, antiféministes et néo-nazis…
À L’EXTRÊME DROITE DE DIEU : LES CATHOS INTÉGRISTES
La Fraternité-Sacerdotale-Saint-Pie-X gère une école hors contrat à Meylan, l’école Saint-Pierre-Julien-Eymard. Une cinquantaine d’enfants y sont scolarisés. L’abbé Jean-Marie SALAÜN la dirige depuis les années 2010. L’inventaire des activités nauséabondes de cet individu est affligeant : messe en l’honneur de BASTIEN-THIRY (2017), un officier de l’OAS qui organisa la tentative d’assassinat de DE GAULLE en 1962, conférences au prieuré de Meylan par Marion SIGAUT une proche de l’antisémite SORAL, ou par Hugues PETIT, président du Conseil scientifique de Civitas, qui pouvait affirmer « que les droits de l’homme, c’est une idée fausse, et cette idée a détruit la société ». SALAÜN appelle aussi à participer à une réunion d’Égalité et Réconciliation et soutient Alexandre GABRIAC, l’homme au bras tendu, quand il est viré du Front national.
En 2024, le maire de Meylan a dû procéder à la fermeture d’une école hors contrat, l’école Saint-Pierre-Julien-Eymard de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X. Ulcérés, des parents d’élèves ont protesté dans la presse.
Le premier parent était Arnaud KERVIZIC. Alors élu municipal de Tencin, il était aussi secrétaire général de l’ONF (Office national des Forêts). Il appartient à une vieille famille catholique intégriste. En 2010, il participait à l’université d’été de la FSSPX et animait un débat « L’Église face à la science. Quelle crédibilité accorder à l’Église dans ce domaine quand on voit comment elle s’est comportée dans l’affaire Galilée. »
Son engagement s’est notamment poursuivi en devenant le président de la Fédération des Scouts et Guides Godefroy de Bouillon en 2023. Dans cette fédération, on est pour la « tradition » et cette tradition est contre-révolutionnaire.
Le maître à penser est Charles MAURRAS, condamné en son temps par le pape et par la justice française pour « collaboration avec l’ennemi ». Cette fédération est pointée par les observateurs car elle développe une vision du monde « paranoïaque » et exalte auprès des enfants la « nécessité du sacrifice ».
Le deuxième parent était Thierry VALADIER, habitant de Crolles et père de trois enfants scolarisés dans cette école. VALADIER participait aussi à la même université d’été en 2010 : sa conférence portait sur « La Milice de Marie (Militia Mariae) », une officine laïque de fervents de la FSSPX.
En 2025, le rectorat de Grenoble s’est enfin penché sur le fonctionnement de l’école Saint-Pierre-Julien-Eymard. Elle est mise en demeure de revoir son enseignement considéré comme sexiste, révisionniste et créationniste. L’école fait profil bas et modifie quelques bricoles pour éviter des poursuites.
Il existe aussi un autre établissement hors contrat à Saint-Ismier, le Collège de la Sainte-Famille : sa directrice est Golvine PETIT. Son origine révèle qu’elle est la descendante d’une vieille famille aristocratique bretonne – DU BOISBAUBRY – et gardienne des traditions familiales pour avoir enfanté sept marmousets. Son mari Louis PETIT est chef de troupe aux Guides et Scouts d’Europe ; cette organisation est réputée pour son militarisme. Elle est classée à l’extrême-droite.
Pour gérer une école hors contrat, les parents ont créé l’Association de formation de la personne. Le président en est actuellement Guillaume de CARBONNIÈRES DE SAINT-BRICE, père de six enfants catholiques et baptisés. Plutôt que d’améliorer les conditions de travail, les parents d’élèves ont préféré construire une chapelle ; le catéchisme est bien sûr professé par un abbé intégriste !
Dans ce collège, la responsable « de la vie scolaire » est Élisabeth ZITOUN, ancienne responsable départementale de la Manif Pour Tous. En 2017, elle était suppléante de la candidate FN dans la première circonscription de l’Isère.
Un collège, bien comme il faut, avec uniforme pour les élèves, retraite à l’abbaye du Barroux, pèlerinages, messes d’actions de grâce à la collégiale Saint-André. Pour bien rester dans la norme réac, une conférence est organisée par M. et Mme GRASSET, engagés à Alliance Vita, pour comprendre que la pilule et le préservatif, c’est pas bien !
L’inventaire des associations intégristes pourrait se poursuivre avec l’Office catholique des pompes funèbres Saint-Lazare, fondé par Arnaud BERNARD, par ailleurs conseiller municipal de Montbonnot-Saint-Martin, le Chapitre Sainte-Madeleine, longtemps dirigé par Étienne DU PORT DE PONCHARRA, très proche de l’association anti-avortement Choisir la Vie, ou l’Association familiale catholique qui a fourni la base militante pour les mobilisations de la Manif Pour Tous – devenue depuis Le Syndicat de la famille et qui désigne des représentants dans les CAF ou les hôpitaux au nom des usagers.
Ces différentes structures sont peu visibles mais diffusent une vision rétrograde de la société et une volonté de « rechristianiser » la politique. Plusieurs associations de l’Isère sont directement financées par la Nuit du Bien commun, l’association philanthropique de Pierre-Édouard STÉRIN : Magdalena 38, Solenciel, Le Rocher, l’Ordre de Malte, La Maison des familles ou L’Étoile du berger…
LES EXTRÊMES DE L’EXTRÊME-DROITE
Les nostalgiques de l’Algérie française
Un assassin de l’OAS, Claude PIEGTS, est enterré au cimetière du Touvet. Plusieurs
Des organisations appellent chaque année à un rassemblement sur sa tombe début juin : la Fédération Nationale des Rapatriés, des associations d’anciens combattants dont l’UNC de Biviers, l’ADIMAD (l’Association pour la défense des intérêts moraux et matériels des anciens détenus de l’Algérie française, c’est-à-dire des membres de l’OAS) ou l’Association Algérianiste de Grenoble.
Ce rassemblement est l’occasion pour des groupes fascistes de manifester leur attachement à l’empire colonial français : le FN pendant longtemps avec Jackie MACHU, Jeune Nation avec Yvan BENEDETTI (2009), la présence d’Alexandre GABRIAC (2016), celle d’Active Club (2023) du groupe fasciste chambérien Valyor (2025) et la sinistre présence de Franck SINISI (multiple condamné pour incitation à la haine raciale).
Les Activistes
Autour d’Active Club se sont greffés plusieurs groupes locaux : les Bayards, Fronte Gratiano, les Allobroges Bourgoin (le groupe fondé par Quentin DERANQUE) ou le groupe Vaylor de Chambéry. Ils veulent instaurer un suprémacisme blanc en s’appuyant sur la violence pour combattre « le grand remplacement » et empêcher le « génocide blanc ».
Les auteurs de référence d’Active Club ont tous eu un engagement fascinant : Charles MAURRAS (condamné à la réclusion criminelle à perpétuité en 1945 pour collaboration avec l’ennemi), Léon DEGRELLE (fondateur du mouvement Rex en Belgique, engagé dans la Waffen-SS, condamné à mort par contumace en 1945 et réfugié dans les jupes du Caudillo FRANCO), François DUPRAT (membre de l’OAS, d’Occident et fondateur du Front national). Saluts nazis et dérivés (quenelle, Khuneim), allusion à l’OAS, fleurs de lys et casques de chevalier apparaissent régulièrement sur leurs images, car ces groupes associent des militants d’origines diverses, des catholiques, des royalistes, des hooligans, des néonazis, etc.
Des motards nationalistes ont formé deux groupes, BAMC–Savoie et BAMC-Isère, qui fréquentent assidûment les routes de montagne et dont certains ont été condamnés pour agressions contre des antifascistes, violences en réunion ou qui ont appartenu au Bastion Social… Ces groupes ne rassemblent que quelques individus mais n’en sont pas pour autant négligeables.
En guise de conclusion
Lutter contre l’extrême-droite, c’est lutter contre plusieurs stratégies qui s’entrecroisent : celle d’anciens gaullistes qui fricotent avec les héritiers des Waffen-SS et de l’OAS pour éviter de disparaître ;
celle des macronistes qui préfèrent un BARDELLA premier ministre, plutôt que l’abolition d’une réforme scandaleuse sur les retraites celle des milliardaires qui voudraient réimposer un catholicisme de combat.
Face à ces offensives, il nous paraît urgent de développer des pratiques et des actions antifascistes au niveau local, parce que c’est sur ce terrain réel que se jouent les enjeux importants de la lutte contre l’extrême-droite et son racisme rampant.
Dans le Grésivaudan, comme ailleurs, on n’est pas condamné à subir encore toutes ces bandes de fachos. C’est à nous de les combattre.