1 million d’euros de dégâts et 4 camions de carabiniers en feu : une manif’ contre le Lyon-Turin déterminée
La marche annuelle contre le doublement du Lyon-Turin dans le Val de Suse ce week-end était particulièrement déterminée. En marge de la 10ᵉ édition du festival « Alta Felicita », 20 000 personnes se sont mobilisées contre la destruction en cours.
Article publié sur Rebellyon
Comme chaque été depuis maintenant 10 ans, le Val de Suse accueillait le festival « Alta Felicità » et une grande marche contre le grand projet inutile et imposé du doublement de la ligne ferroviaire Lyon-Turin. Pour rappel, ce grand projet a été initié dans les années 1980 et menace 1500 hectares de terres, de plaines, de vallées et de montagnes à travers les Alpes, sur le territoire Italien et Français. Pour faire passer de force son tracé de 270 kilomètres, ses 202 kilomètres de galeries et ses 11 tunnels sous les massifs, la société d’exploitation TELT pompe plusieurs dizaines de milliards d’euros investis par les collectivités locales et cause des ravages écologiques irréversibles. Si le tracé est plus important du côté Français, c’est du côté Italien que les travaux ont commencé le plus tôt, et où la mobilisation s’organise depuis le début des années 2000, en installant régulièrement des campements (« Presidio« ) pour empêcher le chantier de progresser.
La mobilisation appelée cet été est marquée par une impressionnante participation, avec plus de 40 000 personnes qui ont convergé de l’Italie et de l’international vers Venaus, selon les médias locaux. Une participation record qui s’explique à la fois par l’anniversaire du festival mais également par le 15ᵉ anniversaire de « La République libre de la Maddalena », un presidio installé pendant six semaines de lutte acharnée à Chiomonte près de Venaus en 2011.
Samedi 25 juillet, une grande manifestation et une caravane de véhicules étaient appelées au départ de Venaus et de Suza après l’ouverture du festival. Au départ de la manifestation qui réunit 20 000 personnes, trois groupes se forment. Une première attaque est menée contre le chantier de San Didero, tout près de Suza. Ce chantier de 68 000 m², lancé en 2021 entre l’autoroute A32 et la route nationale 25 du Moncenisio, est censé accueillir un grand parking et les bureaux d’exploitation de Sitaf, qui aura pour objectif de réguler le flux de poids lourds se dirigeant vers le tunnel du Fréjus. Une deuxième a lieu à Chiomonte, sur le plus grand chantier Italien du Lyon-Turin, un des points névralgiques du tunnel Transalpin. Enfin, le troisième groupe a continué jusqu’au chantier de Salbertrand, zone prévue pour l’usine de traitement des matériaux d’excavation destinés à la fabrication du béton, l’usine de voussoirs pour le revêtement du tunnel et la zone de triage et de chargement par voie ferrée vers les sites de stockage de Torrazza Piemonte et de Caprie.
Sur le premier chantier, à San Didero, les barrières ont été forcées et un affrontement a eu lieu avec les flics avec notamment des mortiers et de nombreux pétards. Le groupe a finalement été repoussé par la police à coups de lacrymos. Une partie de la manifestation est partie occuper la voie ferroviaire de Bruzolo pendant quasi une heure. L’attaque la plus violente portée au TAV a finalement été celle du chantier de Chiomonte, où la détermination des manifestant-es leur a permis de mettre en déroute les flics, de faire brûler quatre camions de carabiniers et de forcer l’entrée du chantier pour y réaliser les dégradations voulues.


TELT, la société Italo-Française chargée de la réalisation de la ligne Turin-Lyon, a fait le tour des médias internationaux pour déplorer des dégâts qui seraient estimés à 1 million d’euros. Derrière des chiffres bien entendu impossibles à vérifier, c’est tout de même une victoire importante de la lutte No-TAV contre le désastre en cours et à venir.
Face à cette victoire, le gouvernement italien d’extrême droite de Meloni a bien entendu poussé nombre de cris d’effroi contre la violence des manifestant-es contre les condés et a lancé une importante répression. L’équivalent de l’AFP Italienne (l’ANSA) rapporte dans les médias depuis le début de la semaine que plusieurs centaines de personnes ont été repérées comme ayant participé aux moments les plus déterminants de la mobilisation et que 4 militant-es internationaux ont été arrêté-es. Meloni et le ministre de l’Intérieur Matteo Piantedosi ont chargé la préfecture de police de Turin de mener la répression contre la mobilisation.
Solidarité avec les personnes interpellées et que crève le Lyon-Turin !
