Antifasciste

Écoles hors contrat : l’offensive éducative de l’extrême droite autour du réseau Stérin

Depuis plusieurs années, un réseau catholique identitaire et ultra‑conservateur mène une entreprise méthodique pour transformer le paysage éducatif Français. Au cœur de cette stratégie : la création d’écoles hors contrat, la formation d’enseignants à une doctrine morale et politique très marquée, et le soutien financier du milliardaire Pierre‑Édouard Stérin, figure montante de l’extrême droite entrepreneuriale. L’enquête de Blast révèle une galaxie d’acteurs, d’institutions et de relais politiques qui convergent vers un même objectif : façonner une génération selon une vision réactionnaire de la société.

Une école fermée… mais symbole d’un projet plus vaste

L’affaire de la Maison d’éducation Pauline Marie Jaricot, dans l’Ain, a mis en lumière les pratiques d’un établissement hors contrat ouvert en 2024. Malgré une fermeture administrative ordonnée par la préfecture, l’école accueillait encore des élèves, dans un cadre strictement genré : jupes longues obligatoires, contrôle des lectures, enseignement centré sur la « pureté » et la vocation maternelle des jeunes filles.

Sa directrice, Thérèse Madi, ancienne cheftaine scout et militante catholique traditionaliste, défend une vision où :

  • Les garçons sont destinés à gouverner,
  • Les filles à la maternité et au foyer.

Elle n’est pas un cas isolé : elle appartient à un réseau structuré, financé et formé pour diffuser une idéologie éducative conservatrice.

La Fondation pour l’école : un parapluie financier et idéologique

L’établissement de Madi bénéficie du soutien de la Fondation pour l’école, créée par Anne Coffinier, figure de la Manif pour tous. Cette fondation sert de plateforme pour abriter et financer des structures plus petites, dont :

  • Excellences Ruralités, réseau d’écoles rurales au programme réactionnaire,
  • Des écoles hors contrat promouvant un modèle chrétien strict,
  • Des projets éducatifs soutenus par les galas caritatifs de Stérin, Les Nuits du bien commun, qui ont déjà rapporté près de 470 000 € à ces initiatives.

Alte Academia : la fabrique des enseignants conservateurs

Au cœur de cette offensive éducative se trouve Alte Academia, institut privé créé en 2024 pour former enseignants, éducateurs et directeurs d’établissement. L’institut revendique déjà plus de 2 200 professionnels formés, avec des formations facturées 455 € la journée.

Certaines formations sont classiques, mais d’autres révèlent une orientation idéologique explicite :

  • « La sanction éducative »
  • « Enseigner la vie affective et sexuelle avec délicatesse et pudeur »
  • « Éclairer les enjeux anthropologiques liés à la sexualité » selon une grille catholique conservatrice

L’équipe pédagogique compte plusieurs personnalités liées à des milieux Identitaires radicaux, dont :

Saint‑Joseph Éducation : la matrice doctrinale

Alte Academia est directement issue de Saint‑Joseph Éducation, fonds de dotation créé pour promouvoir une doctrine appelée « éducation intégrale ». Cette pédagogie, inspirée du catholicisme traditionaliste, vise à former l’enfant dans toutes ses dimensions : morale, spirituelle, sexuelle, culturelle et politique.

La charte de l’éducation intégrale insiste sur :

  • Le respect de « l’ordre naturel de l’identité sexuelle »,
  • La lutte contre « l’érotisation de la société »,
  • L’enracinement culturel et le bien commun,
  • L’éveil de la grâce divine.

Son principal promoteur, François‑Xavier Clément, ancien directeur du lycée Saint‑Jean de Passy, est étroitement lié à Pierre‑Édouard Stérin, qui a préfacé son ouvrage de référence et lui a confié la rédaction de la charte des Académies Saint‑Louis, les écoles que Stérin ouvre progressivement en France.

Pierre‑Édouard Stérin : le financier et l’architecte politique

Le milliardaire, fondateur de Smartbox, finance :

  • Des associations anti‑IVG,
  • Des écoles catholiques hors contrat,
  • Des instituts de formation politique,
  • Des projets éducatifs conservateurs.

Son objectif est clair : faire converger l’extrême droite identitaire et la droite libérale conservatrice pour peser sur les institutions et préparer une alternance politique favorable.

Il s’est récemment illustré en appelant les femmes « de souche Européenne » à avoir davantage d’enfants, révélant une vision démographique identitaire.

Des relais politiques jusque dans le parti Horizons

L’enquête montre que certains membres du parti Horizons, fondé par Édouard Philippe, apparaissent dans la galaxie Stérin :

  • François Goulard, trésorier national d’Horizons, siège au conseil d’administration de Saint‑Joseph Éducation.
  • Raphaël Cognet, ancien maire Horizons, a cofondé l’institut Politicae, financé par Stérin.
  • Loïc Kervran, député Horizons, a soutenu l’implantation d’une école Excellences Ruralités avant de reculer en découvrant les liens financiers avec Stérin.

Ces connexions interrogent : elles montrent que l’offensive éducative de l’extrême droite ne se limite pas à ses cercles militants, mais touche aussi des responsables politiques installés.

Une stratégie globale : gagner la bataille culturelle par l’école

L’ensemble de ces structures — écoles hors contrat, instituts de formation, fondations, réseaux politiques — dessine une stratégie cohérente :

  1. Former les enseignants à une doctrine conservatrice.
  2. Créer des écoles hors contrat pour diffuser cette vision.
  3. Financer massivement ces projets via des réseaux caritatifs.
  4. Tisser des liens politiques pour influencer les institutions.
  5. Transformer la société sur une génération en remodelant l’éducation.

L’école devient ainsi un terrain d’affrontement idéologique majeur, où l’extrême droite cherche à imposer sa vision du monde.

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